Interview de Jean-Marc Huissoud: La géopolitique dans l’enseignement à GEM

Le positionnement de l’école sur la géopolitique a fait de GEM
une école à part, qui a su se distinguer par des choix originaux. Jean-Marc Huissoud, professeur de géopolitique a bien voulu nous parler des caractéristiques et des enjeux de l’enseignement
de cette matière à GEM.
  Claire : Pourquoi la géopolitique a-t-elle sa place en école de commerce ?  

JM Huissoud : Parce qu’en tant qu’étudiants et futurs managers vous allez intégrer des organisations qui ont des stratégies par rapport à des ressources sur des marchés, des approvisionnements et que tout cela se base sur des territoires. Ces territoires, vous n’êtes pas les seuls à être dessus, votre rationalité n’est pas la seule en jeu et penser que parce que vous n’êtes pas dans des organismes à vocation politique vous met à l’abri des débats de cet ordre-là serait une grave erreur. Qui plus est, on observe qu’avec l’internationalisation des entreprises, les cas de mécompréhension qui créent à leur tour des échecs, des surcoûts ou des difficultés, un manque de stabilisation et de sécurité pour les activités des entreprises se multiplient. Cela représente un coût financier et humain. Cela implique d’autres choses au niveau des compétences, outre l’analyse d’un environnement localisé, c’est aussi une ouverture d’esprit qui rompt un peu avec le modèle ancien des écoles de commerce comme écoles techniques, écoles de métier, pour en faire peut-être des écoles un peu plus généralistes qui répondent aux besoins contemporains des organisations.  

C : Pourriez-vous décrire la méthode d’enseignement de la géopolitique à GEM ?  

JM H : Il ne s’agit pas tellement d’une transmission de données, d’informations prédigérées, même si cet aspect existe car il faut bien partir de quelque chose. Il s’agit plutôt d’un entraînement à une façon de penser. Il existe de nombreuses façons de faire de la géopolitique, mais il existe une intelligence géopolitique qui se forme, non pas par une méthode écrite, mais par une sensibilité, une capacité à lier des éléments, à porter attention à des faits auxquels on n’est pas naturellement porté à prêter attention. Cela permet de produire une conscience de l’environnement qui, comme expliqué précédemment, peut être un facteur d’atténuation des risques et aussi d’enrichissement personnel.  

C : Quels sont les débouchés après une spécialisation en géopolitique à GEM ?  

JM H : Alors aujourd’hui il n’existe pas de fonction qui s’intitulerait « géopoliticien d’entreprise », ou autre. Nous ne sommes pas, en tout cas aujourd’hui, la voie royale vers les organisations internationales où la diplomatie. Cela reste le privilège de sciences Po ou ce genre de formations. Mais il existe deux ou trois éléments qui ouvrent des possibilités. La première, ce sont les ONG qui ont un besoin de compétences managériales, qui ne manquent pas de bonne volonté mais qui ont souvent du mal à recruter des gestionnaires d’opérations. Après un détour dans le privé, les gens expérimentés sont recherchés, d’autant qu’il faut également accepter la difficulté émotionnelle que cela représente de travailler dans certains de ces organismes. Ensuite, on peut penser à différents postes dans des groupes internationaux, des organisations dans les métiers sur l’analyse, la stratégie ou tout ce qui touche à l’anticipation et qui ont besoin de ce genre de profils et qui recrutent d’ailleurs assez largement dans des formations concurrentes. Et puis d’une manière générale, il existe de nombreux métiers dans lesquels avoir cette conscience-là est un atout. Je pense notamment à responsable d’achats, responsables financiers ou d’investissements.  


C : Existe-t-il un profil type d’étudiant qui se spécialise en géopolitique ?  

JM H : Souvent des étudiants qui ne se sentent pas très à l’aise avec le côté purement managérial. Ce n’est pas forcément toujours une très bonne chose parce qu’on ne peut pas aller vers la géopolitique par défaut, simplement parce que l’on ne veut pas faire autre chose. C’est une spécialisation qui demande beaucoup d’énergie. Il s’agit plutôt d’étudiants français. Je n’ai pas le sentiment que les étudiants des parcours internationaux soient aussi sensibilisés et se rendent compte à ce point de l’atout que ça peut constituer. Peut-être parce qu’ils rentrent dans l’école aussi avec d’autres stratégies que les étudiants français. On a des étudiants qui ont déjà une certaine sensibilité à ça, soit par les études, soit par le milieu familial qui privilégie assez facilement ça. Maintenant les promotions qui ont fait par exemple le double parcours qui ont délibérément été chercher des postes avec une dimension géopolitique ne sont pas encore suffisamment nombreuses pour qu’on ait une typologie bien précise. Je crois que tout le monde est capable de le faire. Mais encore une fois ce n’est pas un parcours dans lequel on s’investit pour se faire plaisir et en s’imaginant que cela sera moins stressant que d’autres métiers du management.  

C : Est-ce qu’il existe un lien fort entre l’enseignement de la géopolitique à GEM et le festival de géopolitique ? Si non, avez-vous pour ambition d’en établir un ?  

JMH : Les deux répondent à la même logique. Au départ, il s’agissait de marquer notre volonté d’introduire cela dans notre philosophie, dans notre identité, de montrer notre savoir-faire, de créer une communauté autour de nous sur ces questions-là, et puis évidemment de séduire un peu les élèves de prépa (au début). Nous voyons cela comme une opportunité pour nos étudiants de venir entendre des gens qu’ils n’entendront pas forcément dans d’autres cadres. Des grands noms mais aussi des gens moins connus tout aussi remarquables, qui ont beaucoup de culture générale du monde moderne à apporter. Ce sont des gens accessibles, ce qui permet de créer des liens. Il y a une volonté de compléter les enseignements dans lesquels on ne peut pas non plus tout envisager. Les questions abordées sont sociétales ou d’actualité, ce qui permet une meilleure compréhension de la société actuelle et de ses possibles évolutions. Mais cela reste deux éléments séparés, les élèves viennent au festival de géopolitique parce qu’ils sont intéressés et non parce qu’ils y sont obligés dans le cadre de leur cours, ce qui est plutôt positif.     Claire Greslé

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