#FDG2019: Nathalie Belhoste et « La Géopolitique au service du manager de demain »

En complément des 2 interviews de Jean-Marc Huissoud et Jean-Francois Fiorina, retrouvez cette interview de Nathalie Belhoste sur comment la géopolitique influencera les managers du futur!

  1. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Bonjour. Je m’appelle Nathalie Belhoste, je suis actuellement professeur de géopolitique à Grenoble Ecole de Management. J’ai fait Science Po Paris où j’ai obtenu un doctorat de géopolitique. J’ai fait une thèse sur l’Inde, pays où j’ai passé plusieurs années de ma vie.

Je suis également diplômée de l’EM Lyon.

  • Comment vous êtes-vous orientée vers la géopolitique après des études management ?

En fait j’ai étudié la géopolitique avant d’entrer en école de management. C’est une passion que j’ai depuis longtemps. Faire un doctorat à Science Po a été la continuité de ma formation.

  • Qu’est-ce qu’un management géopolitique/incluant une stratégie géopolitique ? Quels sont les enjeux ?

Un management géopolitique ? Je n’ai jamais entendu parler de ce concept ! En revanche, si vous parlez de management qui inclut le paramètre géopolitique dans sa stratégie, là je connais !

Il s’agit d’entreprises qui ont une réflexion dans le domaine et qui prennent compte ces aspects géographiques, historiques, intentionnels et politiques… dans leurs décisions stratégiques, sans uniquement les centrer sur les aspects économiques. Les entreprises qui agissent dans un cadre international sont aujourd’hui obligées de prendre en compte certains facteurs externes tels que les conditions climatiques, la démographie, le climat politique, le bagage historique d’un pays pour savoir ce qu’elles peuvent faire ou non, à quoi elles doivent faire attention, etc. En fait, les organisations s’intéressent à la géopolitique surtout pour prévoir et réduire les risques dans un contexte international. Dès lors, les fonctions d’achat, d’approvisionnement, de RH, ainsi que le risk management deviennent clés.

  • Quelles sont les entreprises nationales et internationales douées dans le domaine ?

Partons sur un contre-exemple. Lafarge en Syrie avait de bonnes ressources (par ses recrutements) qui avaient analysé la situation de façon pertinente dans un premier temps.  Lafarge, comme tout groupe international, intègre en partie les questions géopolitiques, mais c’est probablement l’acceptation des recommandations faites en local par le « board » qui a pêché. Aujourd’hui, les entreprises qui s’intéressent de très près à la géopolitique sont notamment celles qui ont des activités extractives, cela peut être des entreprises pétrolières comme Total ou bien encore minières et gazières. Les ressources du sol sont de grands enjeux en géopolitique, on peut donc dire que ce sont plutôt ce type d’entreprises qui sont à la pointe dans le domaine.

  • Quid du monde l’entreprise aujourd’hui par rapport à la géopolitique ? Une réalité présente ou à venir ?

Comme je le disais, c’est quelque chose qui a déjà bien commencé à se mettre en place dans certains domaines. Certaines entreprises tardent plus que d’autres à s’y mettre, mais globalement on constate une demande croissante pour le recrutement de personnes qui possèdent des compétences d’analyse géopolitique. Dès qu’une entreprise agit dans un cadre international, elle a intérêt à avoir dans ses rangs des personnes qui savent anticiper les risques internationaux (tarifs douaniers, piraterie, climat…)

  • La géopolitique au service du manager ou le manager au service de la géopolitique ?

Je dirais les deux à la fois. Tout d’abord, on ne peut pas dire qu’un manager se serve de la géopolitique de la même façon qu’il peut se servir de l’électricité ou de son ordinateur.
La géopolitique donne un cadre d’analyse. En ce sens qu’elle donne des clés au manager pour prendre des décisions afin de maximiser son activité et de réduire les risques. D’un autre côté, lorsqu’un manager fait une analyse géopolitique, il est vrai qu’il « fait » de la géopolitique, notamment lorsque celui-ci connaît et se rend sur le terrain. La géopolitique est avant tout une méthode de la connaissance du terrain. Lorsque le manager produit une analyse géopolitique, qu’il la partage avec ses collègues et ses supérieurs, on peut dire qu’il contribue à développer la connaissance géopolitique dans son entreprise et en général. On ne m’avait jamais posé une question pareille, mais il est vrai que c’est comme un échange, une symbiose ! (rires)    

Nous dirigeons nous vers plus ou moins d’internationalisation des entreprises et donc plus ou moins d’enjeux géopolitiques à l’avenir ?

Aujourd’hui, le monde est tellement interdépendant économiquement, que je ne vois pas les échanges commerciaux et les flux d’investissement s’effondrer à l’avenir. Le monde est trop connecté. De plus, les pays continuent d’émerger et d’ouvrir leurs économies dans certaines parties du monde (exemple de l’Iran), ce qui les amène à construire de nouveaux partenariats et échanges. Les enjeux géopolitiques vont donc en croissant de ce point de vue là et je pense que les entreprises vont devoir continuer à développer des compétences d’analyse géopolitique afin de s’adapter à cette conjoncture économique mondiale.  

Un mot de la fin ?

Je pense que ce qui compte c’est tout autant de se rendre compte que la géopolitique est importante pour les entreprises (ça c’est acquis) mais que l’entreprise est en fait, par ses actions, un acteur géopolitique à part entière. Mais ça, c’est une autre histoire !

Louis-Nicolas Roussel

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
avatar
wpDiscuz