#FDG2019: Interview de Jean-Francois Fiorina.

Alors que le festival de géopolitique va faire son grand début ce Mercredi, retrouvez l’interview de l’homme fort de la géopolitique Gemienne, Jean-Francois Fiorina dit JFF!

Pouvez-vous rapidement présenter votre parcours ?

Jean-François Fiorina : Cela risque d’être long (rires) Je suis diplômé d’une école de commerce complétée par un MBA. J’ai ensuite commencé ma carrière dans une banque tout en enseignant dans une école sur Paris car j’ai toujours voulu enseigner. Rapidement j’ai vu que la partie cours m’intéressait beaucoup plus que la partie bancaire. J’ai rejoint un cabinet de consultants spécialisé dans la formation quant à la géopolitique pour tous types de publics (Entreprises, écoles, universités…). Cela a confirmé chez moi l’idée que ce domaine devenait primordial. Internet était en train d’arriver au moment où j’ai rejoint l’ESC Amiens qui avait un projet sur le digital et au bout de quatre ans, en septembre 2000 je suis venu à GEM où j’ai gravi les échelons pour avoir le poste que j’occupe maintenant.

Pourquoi de la géopolitique dans une école de commerce ?

JFF : J’ai toujours eu un goût prononcé pour la géopolitique. Toutes les expériences que j’ai pu avoir, dans les pays de l’est notamment après la chute du Mur de Berlin m’ont montré que la compréhension des enjeux et la capacité de se constituer sa propre grille d’analyse étaient primordiales. Quand je suis arrivé à GEM j’ai voulu aller plus loin et faire de la géopolitique un axe fort de l’école. On est sur des problématiques de lutte de territoire, de création d’écosystème et cette volonté a rencontré la demande des entreprises. Celles-ci ont de plus en plus besoin de gens ayant cette capacité d’analyse afin de minimiser les risques des entreprises à l’étranger, notamment au niveau culturel. La relation avec les autres devient de plus en plus importante. Elle a évolué, passant d’un statut de vente-importation à un statut d’investissement, de collaboration, de partenariat qui nécessite une compréhension des pays concernés.
Il ne faut pas oublier que la géopolitique est un mélange de beaucoup de disciplines, allant de la géographie à la sociologie en passant par l’économie. Pourtant pour nous, à l’échelle d’une business school, l’enjeu peut être résumé simplement : il s’agit de comprendre au mieux ce qu’il se passe dans un pays pour mieux positionner son entreprise.

Comment vous est venue l’idée de créer un festival de géopolitique ?

JFF : Voulant faire de la géopolitique un axe fort de l’école, on a eu une réponse pédagogique avec des cours de tronc commun et des électifs. La signature de doubles-diplômes à participé à cela. C’était la première étape.

Ensuite on s’est dit qu’il fallait « évangéliser », d’où mes « Notes de géopolitiques » qui paraissent toutes les semaines avec toujours la volonté de comprendre. Ensuite des interviews sur la géopolitique, avec des chercheurs, des militaires, des éditeurs… Et depuis peu des études de cas.

On s’est finalement dit qu’il y avait un besoin, un créneau pour avoir du grand public. On a donc décidé de créer ce festival. « Colloque » faisait trop académique, on ne voulait pas d’entre-soi mais bien un évènement public qui serait le lieu d’expression de toutes les géopolitiques pour tous les publics par tous les moyens. On a voulu multiplier les évènements, pas seulement faire des conférences, afin d’arriver à faire de ce festival un vrai lieu d’expression. De là, on est arrivé à cette belle réussite, notre festival de géopolitique étant devenu un incontournable en la matière.

Quels sont les points qui vous ont plu ou au contraire déplu au cours des précédentes éditions ?

JFF : On arrive de plus en plus à être le lieu où se discutent des sujets d’actualité. C’est un lieu où tout le monde peut s’exprimer sans être jugé. Ma grande frustration est le peu de grenoblois qui viennent y participer et aussi que tous les étudiants de GEM ne viennent pas. J’aimerais encore plus l’ancrer dans GEM et que les étudiants se sentent à chaque édition plus concernés.
Une deuxième frustration est l’échec de l’enseignement de la géopolitique au cours de ce festival. Je rêve que des professeurs du monde entier viennent donner des cours lors du festival. On en est encore loin, mais j’ose espérer que cela viendra.

Cette année le thème est celui de la désunion européenne. Pourquoi ?

JFF : Parce qu’on a une échéance importante le 23 mai et que vous orthographiez le thème comme vous le souhaitez en fonction de votre optimisme ou de votre pessimisme. Il y a un grand besoin d’explication de ce que fait l’Europe. Car elle est une réalité dans certains domaines qui n’est pas expliquée. Ce manque d’explications de ce qu’est l’Europe permet de comprendre l’appréhension de certaines populations vis-à-vis d’elle, à raison ou à tort. Il n’empêche par exemple que la mobilité étudiante est énorme grâce à des programmes européens. L’Europe aurait pu être le grand gagnant de l’élection de Trump et cela n’a pas été le cas, cela pose des questions. A celles-ci se rajoutent celles, pratiques, de la gouvernance car il faut concilier vingt-sept pays avec des calendriers électoraux différents qui amènent chaque année de nouveaux acteurs avec de nouveaux points de vue sur la question européenne, ce qui est difficile à gérer. Il y a de vraies questions noyées sous des déluges politiques ou idéologiques et il faut changer cela.

Frexit ?

JFF : Quand je vois ce qu’il se passe avec le Brexit je me dis que certains hommes et femmes politiques ne peuvent exister que dans une position de refus, car c’est bien pour le marketing mais ils n’ont pas de plan derrière, comme Nigel Farage au Royaume-Uni. Nos partisans du Frexit font pareil, c’est le business de leur propre personne, de leur propre partie, mais sûrement pas celui du peuple.

Rafaël Deville

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