Existe-t-il une culture européenne ?

Le projet européen a été pensé par les défenseurs d’une « vision européenne », mais repose-t-il effectivement sur une convergence de culture ? Le projet européen a été pensé par les défenseurs d’une « vision européenne », mais repose-t-il effectivement sur une convergence de culture ?

Jean Mistler, écrivain et homme politique français prononçait en 1976 cette phrase : « L’Europe serait presque parfaite si les Français restaient chaque jour une heure de moins au bistrot et les Allemands une heure de plus au lit ». Au-delà de l’humour porté par ces clichés, l’idée selon laquelle il existe des différences fondamentales de culture entre les pays européens est ici amenée. Car en effet, cette distinction entre la France et l’Allemagne peut être élargie à une vision plus globale de l’Europe qui opposerait celle dite « du Nord », travailleuse, sérieuse, se comportant en « bon père de famille » (pardon pour l’archaïsme complètement patriarcal de cette expression) et l’Europe dite « du Sud », vivant grâce aux aides des pays vertueux. Enfin, plus récemment les pays de l’est sont venus ajouter une vision différente de l’Europe au tableau.

Mais si vous lisez cet article, c’est sans doute que votre réflexion a soif d’un peu plus d’analyse et de subtilité. Revenons donc sur les fondements culturels du projet européen, et sur les difficultés qu’il rencontre aujourd’hui pour évoluer.

L’Europe s’est d’abord fondée sur un idéal mêlant paix, prospérité et démocratie. La seconde guerre mondiale ayant laissé des cicatrices sociales, économiques et politiques, l’idée du projet européen est venue comme un remède pour rapprocher les intérêts des peuples. Car il fut un temps où ces intérêts étaient intimement liés.

L’Europe, c’est en effet le vieux continent, celui des cours royales et impériales où le français fut jadis la langue universelle et où les lignées aristocratiques se partageaient le pouvoir.

Sans vouloir tomber dans l’ethnocentrisme bien sûr, l’Europe c’est aussi le continent de la culture classique. De Schubert à Rembrandt, en passant par Guardi, l’Europe a connu une histoire culturelle commune, faite de courants et de ruptures. L’idéal gréco-romain a forgé une esthétique et une éthique qui ont formaté la culture européenne pendant des siècles, et notamment pendant la Renaissance. La culture européenne serait donc celle des Beaux-Arts, des mœurs de cours et de la guerre conquérante. Cependant cette vision ne saurait être complète sans la prise en compte de la chrétienté, concept à la fois historique, religieux mais également géographique. L’Europe fut le berceau de la chrétienté occidentale, ce qui constitua à la fois sa force et sa faiblesse. En effet, l’histoire de la chrétienté est celle d’une influence qui a pendant longtemps structuré les sociétés et les pouvoirs qui les dirigeaient. La religion fut le fer de lance de la conquête du monde par les puissances européennes (Espagne, Portugal, Royaume-Uni). Tous les arts précédemment évoqués, particulièrement la peinture et la musique, ont largement bénéficié des commandes des différentes Eglises.

Mais la religion chrétienne a également engendré des déchirures et des périodes sombres de l’histoire européenne. Nous en revenons donc à la petite phrase de Jean Mistler. En effet, une partie de la culture sociale d’un pays (son rapport au travail, au loisir, au temps) peut s’expliquer par son rapport à la religion. Le schisme entre les catholiques et les protestants peut fournir une partie de l’analyse expliquant la différence dans l’appréhension du travail chez les latins et les saxons. La religion protestante prône une vie dure, d’efforts, de travail. La religion catholique valorise la charité, l’espoir d’une vie sans souci. Bien que très partielle, cette première vision permet de comprendre certaines fractures et incompréhensions culturelles entre les pays européens dits « fondateurs », le club des six (France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg). Plus récemment, une nouvelle catégorie de pays nouvellement formés après la chute de l’URSS a rejoint le projet européen. Ces pays ne faisant pas partie des pays fondateurs et ayant connu des guerres ont dû faire de très nombreux efforts pour être acceptés dans l’Europe. Ils se sont construits dans la culture de la gestion de leurs ressources financières, dans la mise en application vertueuse des normes européennes très contraignantes. Mais lorsque cette histoire, cette culture de la rudesse se confronte à une vision plus court-termiste (carpe diem), moins soucieuse de la structure sociale et économique des pays latins, des incompréhensions et même des frustrations se forment. Ainsi, il existe bel et bien une culture européenne, une culture de l’esthétique fondée sur la philosophie gréco-romaine. Mais cette culture élitiste ne parvient désormais plus à unir les peuples européens, dont les cultures sociales diffèrent parfois beaucoup et créent des divergences d’intérêts.

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