Comment je me suis fait agresser par un groupe de filles

Voilà. Tout est dans le titre. Mais laissez-moi vous expliquer ce qu’il s’est passé, ce samedi 15 septembre 2017.

 

Déroulement des faits :

Je rentrais de chez un pote. Il devait être un peu moins de 15h. Comme tout jeune qui se respecte, dans le tram, j’ai les yeux rivés sur mon téléphone connecté aux réseaux sociaux, regardant seulement le paysage par moments, alors que je viens juste de rentrer à Grenoble pour une nouvelle année palpitante. C’est ainsi que je remarque à peine ces filles monter à cet arrêt de tram. En revanche, je remarque beaucoup plus lorsque l’une d’entre elles me dit abruptement « enlève ta jambe ! ». J’avais les jambes croisées, ce qui gênait pour s’asseoir à côté de moi. Sans trop réfléchir et par politesse, j’enlève rapidement ma jambe et la fille s’assoit. Elle était jeune. Pas plus de 16 ans. Je lui fais remarquer qu’elle aurait pu demander la même chose sur un ton plus poli. Sa réponse « ch’tai d’mandé d’enl’ver ta jambe. Maint’nant tu l’a enlevée alors lâche moi ». Naïf comme tout, et persuadé que la politesse et le respect sont des valeurs et des qualités importantes en société, j’insiste : « oui mais tu aurais quand même pu le demander un peu plus gentiment ». Sur ces mots, sa copine assise dans mon dos me met une calbote derrière la tête (autrement dit une petite tape). Je me retourne et la fusille du regard, puis me tais et retourne à mes occupations sur mon téléphone. L’autre « ah bah voilà, c’est bien ! Maintenant tu fermes ta gueule ». Merde, j’avais pas fait gaffe que c’était un gang de racailles.

Je les observe du coin de l’œil. Elles ont toutes entre 15 et 17 ans, à vue de nez. Vu leur façon de parler et de faire, elles viennent très vraisemblablement d’une cité de la banlieue de Grenoble. Elles sont six. Des rebeux, des blanches, une asiat. Je me dis qu’elles ne manquent pas d’air de me faire ça du haut de leurs trois pommes et devant tout le monde (je suis un gars de 21 ans, de plus d’un mètre quatre-vingts, pour quatre-vingts kilos, avec un physique plutôt athlétique, pour vous expliquer le contexte). En réalité, je n’ai pas beaucoup de temps pour penser, car déjà, une autre m’a pris en grippe. Apparemment elle en avait marre que je la fixe et trouvait que je l’avais mal regardée. En fait, depuis que j’ai protesté et que l’autre m’a tapé sur la tête, c’est tout leur groupe qui ne fait que me fixer en ricanant. Je trouvais ça pas net, donc bien sûr que je les regardais un peu pour comprendre quelles étaient leurs intentions.

Je lui réponds qu’elle aussi fait que me fixer depuis tout à l’heure, que j’ai le droit de la regarder moi aussi, comme j’ai le droit de regarder qui je veux d’ailleurs. Nouvelle avalanche d’insultes. Je me retiens déjà à ce moment là de leur mettre une correction, après le cou sur la tête et toutes les insultes qu’elles ont proféré à mon égard et à l’égard de mes proches. Mais j’en appelle à mon bon sens qui m’intime de ne pas lever la main ni la voix sur des femmes, encore plus des gamines de 15 ans, car cela serait totalement contre-productif, voire risquerait de m’apporter des ennuis judiciaires. Une dame assise de l’autre côté propose de laisser sa place à la jeune fille assise à côté de moi afin d’apporter une solution pacifique au conflit. Je remercie la dame, après que la fille qui m’avait demandé de dégager ma jambe a pris sa place.

Mais l’avalanche d’insultes se poursuit, et, voyant que je refuse de me soumettre (et de fermer ma gueule) ou de m’enfuir (je n’y pense même pas une seconde à ce moment-là), se termine par une nouvelle calbote derrière ma tête. C’en est trop pour moi, et je rends une petite tape à la fille auteure des coups sur mon crâne, probablement un peu moins fort que ce qu’elle m’a fait.

C’était l’erreur qui allait mettre le feu aux poudres. La dernière erreur que j’aurais dû éviter de faire. Mon ex voisine se jette sur moi, et pour venger sa voisine commence à me rouer de coups. Au même moment, c’est toute la bande qui vient en soutien pour m’écraser. Surpris, je me protège et je recule. Je pars les coups et les évite comme je peux et m’éloigne. Les coups de pieds et de poings, les baffes pleuvent. J’arrive à m’extirper de la mêlée et à m’en écarter assez. Elles me suivent. Je m’éloigne encore. Puis, un papi arabe d’une soixantaine d’années s’interpose et me dis de partir plus loin. Les gamines fulminent encore, font mine d’essayer de passer, mais elles ne se résolvent pas à passer sur le corps du vieil homme qui leur barre le passage de ses bras. Merci l’ami. Puis, toujours dans le tram, et contraint par cet espace clos, j’arrive au niveau d’un autre papi, bien plus vieux celui-là, qui devait avoir quatre-vingts ans bien passés. Lui aussi arabe, me marmonne quelque chose dans sa barbe (bien qu’il n’en portât pas). Je me rapproche moi mieux l’entendre (son français était difficilement compréhensible). Il essayait de m’expliquer que ce genre de filles étaient très dangereuses et que je ferais mieux de descendre dès que je pourrai. Il m’explique qu’elles se permettent tout car elles sont appuyées par leurs familles, et notamment par leurs frères qui sont prêts à faire la peau à quiconque toucherait à leurs petites sœurs. Pas vraiment rassuré, je le remercie et décide d’appliquer son conseil.

Avant que je descende de la rame, l’une des filles s’approche et me dit « mais t’es fou pourquoi tu as fait ça ?! Moi je suis pas une gamines comme elles là, j’ai pas leur âge, je suis pas comme elles. Je t’ai défendu tout à l’heure, j’ai essayé de les empêcher. Mais ça se passera pas toujours comme ça. Franchement fais plus ça. La prochaine fois baisse la tête. Ok ? »

« Ok, merci du tuyau ».

Je descends du tram et m’éloigne d’une certaine distance de sécurité. Je me retourne pour regarder la rame s’éloigner, et je vois que celle qui était venue me parler était descendu derrière moi et s’éloignant doucement. Je me décide à aller l’interroger plus en détail sur la raison qui a poussé ses copines à agir de la sorte, comprendre ce qu’il s’était passé. C’est à ce moment là qu’elle décide de me lancer dessus le gobelet qu’elle tenait et son contenu (un coca ou ice-tea de chez McDo, vraisemblablement). Je la regarde s’éloigner désormais à grandes foulées, et fais moi-même pareil de mon côté. Au même moment j’aperçois des membres du gang de filles descendre de la rame. Je comprends qu’elles n’ont pas vraiment lâché l’affaire et me suivent. Je m’éloigne plus rapidement, sans néanmoins courir. A l’angle de la rue suivante, il y en avait déjà une qui m’attendait, ou alors c’était juste une qui m’a rattrapé par derrière, je ne sais pas exactement, ça s’est passé tellement vite. Avant que j’ai pu dire « WTF !? », elle m’avait craché dans le dos (littéralement) et balancé un « maintenant, casse toi ! » à la figure. Je ne me fais pas prier et m’éloigne, tout en les voyant du coin de l’œil remonter toutes les cinq dans le tram. Tout cela, à l’extérieur du tram s’était passé en moins de 30 secondes. Finalement, je rentre chez moi à pied, assez choqué et abasourdi. Je n’ai pas mal des coups qu’elles m’ont porté. Je me demande d’ailleurs si elles me les ont vraiment portés, si elles se sont raté ou si elles ne tapaient vraiment pas fort.

 

Conclusion et analyse des événements :

Ni sur le moment, ni a posteriori, je ne leur en ai voulu ou eu un quelconque ressentiment envers elles. Quand j’ai raconté cette histoire, on m’a dit que ces filles étaient de « vraies connasses », qui faisaient du mal gratuitement. Je suis d’accord avec la dernière partie de ce commentaire, mais pas avec la première. Pour moi, ce ne sont pas des connasses, car leur comportement est totalement dénué de méchanceté, à mon sens. Il s’agit plus d’un comportement bestial, de « meute », que d’un plaisir à faire du mal et à emmerder le monde (même si je ne nie pas qu’un tel plaisir puisse exister). Je pense qu’on pourrait davantage les qualifier de « connes », par manque de connaissance, par manque d’éducation sur ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Je ne les tiens pas responsable de leur éducation ou de leur vécu, de l’environnement dans lequel elles ont grandi. J’ai réfléchi un moment aux solutions qui pourraient exister à cette malheureuse rencontre.

Ma conclusion : une fois qu’elles m’avaient pris en grippe et avaient décidé de m’emmerder, il n’y avait plus de bonne solution. Baisser la tête et se laisser tyranniser par une bande de racailles n’est pas une bonne solution, car cela les conforte dans leur pouvoir par la peur sur les gens, et elles continueront ce comportement. Riposter par les mots, bien même en restant poli, ne m’a mené nulle part. Riposter par la violence ne pourrait qu’être pire, car j’aurais pu frapper involontairement un autre passager à proximité (je rappelle que la rame était bondée), et si j’avais blessé ces filles, j’aurais pu avoir des ennuis judiciaires, ou avoir affaire à des représailles et on aurait vu toujours plus de violence. La solution à la violence n’est pas la violence.

On m’a dit que la violence à Grenoble était intimement liée au trafic de drogue, que c’était celui-ci qui générait violence et règlement de comptes. Si l’on grandit dans des quartiers où la violence est quotidienne, il est compréhensible que l’on intègre soi-même une part de cette violence et que l’on en redistribue une partie. Il faudrait une très grande force de caractère et d’esprit pour s’extraire de cet environnement de violence, bien qu’heureusement certains y parviennent via l’éducation et les études.

C’est pourquoi, pour moi la solution ne peut qu’être politique, en favorisant l’accès aux études aux enfants des quartiers défavorisés, en les sensibilisant aux problèmes de mœurs et de violence, en luttant contre le trafic de stupéfiant et en proposant de réelles solutions de vie et de travail alternatives aux personnes qui alimentent ce trafic. La solution ne peut que venir en aval, ce n’est pas en mettant plus de flics dans les rues de Grenoble que la violence disparaîtra, au mieux elle s’en ira ailleurs.

Pour terminer, si j’écris cet article, c’est aussi pour te sensibiliser TOI gémien, TOI gémienne, à ce type de violence qui ne nous est pas forcément familier. A Grenoble, on n’agresse pas seulement pour ton portefeuille ou pour tes fesses, ou agresse aussi sans aucune raison. Les agressions ne sont pas perpétrées seulement de nuit par des gars, dans des ruelles sombres, mais également de jours, devant tout le monde et par des filles. Donc soyez prudents.

Portez-vous bien !

La bise culturelle à tous !

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
avatar
wpDiscuz