Ode aux Cranberries

Je n’ai jamais été touchée par la mort de chanteurs ou d’acteurs. J’ai toujours regardé ces moments de deuil de loin, sans me moquer de ceux qui éprouvaient de la douleur, mais avec cette pointe d’incompréhension si caractéristique de ceux qui ignorent. Je ne comprenais pas comment une personne que l’on n’a jamais rencontrée, touchée, éprouvée, pouvait causer un tel chagrin, une telle douleur.

Alors je vais lever le voile tout de suite : je n’ai pas pleuré, je n’ai pas hurlé. Je ne me suis pas prostrée dans mon lit en voyant mon monde s’effondrer. Enfin, rectification, si, j’étais dans mon lit. Le 15 janvier 2017, il faisait déjà sombre dehors mais impossible de vous dire l’heure qu’il était. Je sais juste que j’étais en tailleur sur mon lit, que j’ai regardé l’écran de mon ordinateur et que le temps a vraiment suspendu son cours un instant. J’étais scotchée à cette foutue lumière, à ces mots marqués noir sur blanc. « Dolores O’Riordan, la chanteuse du groupe The Cranberries, est décédée ».

Je suis restée hébétée un moment, sans pouvoir rien dire. J’ai inspiré, expiré, gueulé sur deux trois conversations Facebook. Quoi, comment ? A quarante ans et des poussières ? Avec une si belle voix ?

 

Mais la mort touche tout le monde.

 

Celle qui m’avait tant fait vibrer dans cette salle de concert à Genève, quelques années plus tôt… Celle que j’envisageais de retourner voir alors qu’elle annonçait de nouvelles tournées. Celle qui avait bercé mon enfance. La voiture sur l’asphalte chaud de l’été, les fenêtres grandes ouvertes, le vent ébouriffant mes cheveux alors que je chantais à tue-tête à côté de mon père. Les volutes de fumée s’enroulant sur le tableau de bord alors que l’odeur des champs labourés collait à tous les pores de ma peau. God be with you était là.

Pendant les longues soirées d’hiver, quand la neige tombe à gros flocons et que l’on fait exploser la sono lors d’une soirée trop arrosée. Quand on colle son front au carreau de la fenêtre pour essayer d’avoir un peu d’air frais, alors que tout le monde chante Animal Instinct.

Dans cette boîte un peu miteuse, alors que la plupart des gens bourrés renversent leur verre de bière sur toi en essayant de se frayer un chemin dans la foule. Quand tu montes sur cette table pour chanter et danser Zombie, parce qu’à part les battements de ton cœur, tu n’entends que les rifts de ce putain de groupe.

Ce putain de groupe, ouais…

 

Juliette Bernaz Prévost

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